Amour, Prozac et autres curiosités – Lucia Etxebarria

Couverture

Deux blondes, une brune. Trois sœurs que tout semble opposer.
Ana, l’ainée, semble se conforter dans la paisible vie d’épouse au foyer.
Rosa, en amazone moderne, se noie dans le travail tandis que Cristina croque les hommes et les cachets d’ecstasy pour éviter de marcher main dans la main avec elle-même.
Et pourtant, les trois sœurs ne sont pas si éloignées : derrière cette façade policée, elles soignent toutes trois leur mal de vivre dans la pharmacopée et cherchent vainement à panser les blessures du passé.
Lucia Etxebarria nous brosse le portrait d’un Madrid post-movida dans lequel ses trois héroïnes dignes d’Almodovar, nous entrainent dans les méandres de leurs tourments existentiels. Le roman est tout en rythme, piquant, à la fois drôle et dérangeant.
Les romans de Lucia Etxebarria, à l’instar de ce premier opus, ne laissent pas insensible.
Certains lui reprochent de faire de la psychologie de bas étage, tandis que d’autres s’extasient sur sa façon décapante de dépeindre le fait d’être femme dans l’Espagne d’aujourd’hui.
L’auteure qualifiée de polémiste par beaucoup, choque peut-être par la crudité des propos, parce qu’elle appartient à cette nouvelle génération d’auteurs qui ose dévoiler la féminité sous un jour moins romantique.
Avec ce premier ouvrage, le lecteur entre de plein pied dans son univers, plein de personnages féminins forts en caractère et dans une Espagne machiste consumériste rongée par la cocaïne.
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KING KONG THEORIE- Virginie Despentes

« J’écris de chez les moches, pour les moches, les vieilles, les camionneuses, les frigides, les mal baisées, les imbaisables, les hystériques, les tarées, toutes les exclues du grand marché à la bonne meuf. Et je commence par là pour que les choses soient claires : je ne m’excuse de rien, je ne viens pas me plaindre. Je n’échangerais ma place contre aucune autre, parce qu’être Virginie Despentes me semble être une affaire plus intéressante à mener que n’importe quelle autre affaire. » « Parce que l’idéal de la femme blanche, séduisante mais pas pute, bien mariée, mais pas effacée, travaillant mais sans trop réussir pour ne pas écraser son homme, mince mais pas névrosée par la nourriture, restant indéfiniment jeune sans se faire défigurer par les chirurgiens de l’esthétique, maman épanouie mais pas accaparée par les couches et les devoirs d’école, bonne maîtresse de maison mais pas bonniche traditionnelle, cultivée mais moins qu’un homme, cette femme blanche heureuse qu’on nous brandit tout le temps sous le nez, celle à laquelle on devrait faire l’effort de ressembler, à part qu’elle a l’air de beaucoup s’emmerder pour pas grand-chose, de toutes façons je ne l’ai jamais croisée nulle part. Je crois bien qu’elle n’existe pas. »

S’il n’y avait qu’un mot pour décrire le livre de Virginie Despentes, ce serait à mon sens, le mot Résilience.
Le livre, contre toute attente n’est pas un roman, mais un essai intimiste, pour ne pas dire autobiographique, sur la place de la femme dans notre société.
C’est en quelque sorte l’histoire de Virginie qui nous raconte comment elle est devenue Virginie Despentes.
Au fil des pages, l’auteur, armée de ce qui pour beaucoup ne serait qu’un énième récit sur une douloureuse histoire personnelle, s’attaque à tous les clichés bien-pensants sur le viol, la prostitution, la pornographie sans jamais tomber dans la victimisation et le larmoiement.
Despentes ne nie pas les blessures, ne prétend pas être plus forte qu’une autre, mais elle s’en nourrit et refuse d’être cantonnée au rôle de victime.
Elle utilise cette histoire pour dénoncer des tabous instaurés par une éducation chrétienne et ses mots sont autant de flèches lancées contre les aberrations machistes de nos sociétés.
Loin de se résoudre à l’image de faible femme en proie aux vicissitudes de l’existence, l’écrivain affirme que l’on peut s’en remettre, qu’on a cette force en nous, que l’on peut avoir été violée et s’en sortir.
Vivre c’est aussi çà, quitter la sphère protectrice du privé, oser sortir et prendre le Risque.

L’ouvrage est empreint d’un féminisme criant, certes, mais sans l’aspect guerre des sexes.
Sans le coté Chienne de Garde, qui lui donne souvent un petit gout de honte et de désuet.
Il n’y a plus de clichés rose bonbon et de bleu layette.
Sous sa plume, les Hommes ne sont pas les grands ennemis à abattre, mais des compagnons d’infortune face à cette société.
Les femmes ont le droit d’exprimer leurs désirs, comme eux, celui de pleurer.
On retrouve bien la « touche » Despentes, sans fards, sans concessions.
Une écriture nerveuse et crue à l’image de la rudesse de ces vies qu’elle nous raconte au fil de ses romans.
King Kong Théorie c’est un peu le droit de crier, le droit à cette colère saine qui une fois exprimée, nous fait avancer.
Un livre qui ne laisse pas indifférent et que l’on voudrait offrir à toutes les femmes et les hommes de notre entourage.