Fluctuat nec mergitur

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Avenue des Champs Elysées, 1968, Henri Cartier Bresson

 

 

Le 13 novembre, la guerre est entrée dans mon salon. J’étais tranquillement affalée dans mon canapé. Un ami m’a informé. C’est ironique car c’est le même ami qui 14 ans plus tôt, m’avait informé qu’un avion s’était encastré dans les Tours Jumelles.

En une fraction de seconde, mon monde tranquille s’est changé en un bandeau rouge défilant au bas de l’écran de télé, en des images anxiogènes, en des voix voilées. Mon monde est resté suspendu à une série de chiffres. Un nombre qui n’arrêtait pas d’augmenter. Inexorablement. En un instant, la guerre est entrée dans mon salon.
Les fusillades, les explosions. Le ton angoissé des reporters qui défilaient et criaient à l’écran. Le bruit des kalachnikovs.
On s’y attendait. Depuis bien longtemps  mais malgré l’attente, on n’est jamais vraiment prêt.
On n’imagine jamais assez l’horreur que l’on peut ressentir face une telle abomination.
Mais ce n’est pas un film, c’est bien la réalité qui défile sous nos yeux.

Grosse nausée.
J’ai longtemps vécu dans le 11ème arrondissement, rue du Chemin Vert. Tous les matins, j’ai pris mon métro boulevard Voltaire. Mon coiffeur se trouvait à Charonne. L’une de mes meilleures amies vivait à coté du Stade de France. Métro Parmentier, il y avait ce petit bar où on allait écouter du rock. Ces rues à l’écran, ces scènes de guerre, je les connais… Ce sont les mêmes scènes dans lesquelles j’ai joué à l’amour, j’ai joué à la vie. Mes madeleines de Proust désormais ensanglantées.

De ma vie parisienne, j’ai gardé bon nombre d’amis. Des amis qui ont eux même perdu des amis.

Depuis hier, dans mon fil d’actualité Facebook, il y a des visages de morts. Des morts aux sourires heureux, du temps ou ils étaient vivants. Des parisiens qui resteront éternellement jeunes et beaux et qui ne ressemblent pas à cet horrible cliché du Bataclan qui circule sur les réseaux.

Et je me dis que ces gens auraient surement bien ri, si un jour on leur avait dit qu’un fou de Dieu qui les considérait comme des « croisés » viendrait les tuer . Croisé…Croisade…Des mots au gout suranné…

Moi j’ai bien ri. Dans tout ce malheur. Daesh m’a fait rire. Parce qu’en lisant ce communiqué d’un autre temps, je me suis rendue compte, que même morts on serait toujours au dessus de tout çà. Parce qu’en lisant ce torchon plein de haine, au nom d’un Dieu qui doit pleurer en entendant des individus tuer en son nom, dans lequel ils nous traitent de chiens d’infidèles pervers, j’ai compris qu’ils auraient beau frapper, ils ne pourraient jamais nous atteindre. On ne combat l’intégrisme, le fanatisme qu’avec la culture. L’éducation qui ouvre les esprits et les cœurs. J’ai repensé à toutes ces choses qu’on aurait du faire et à tout ce champ des possibles qui demeurait encore.

Alors,  samedi soir, j’ai retrouvé les copains, on a dansé comme on ne l’avait pas fait depuis longtemps, on a ri et on a trinqué à la vie. J’ai toujours trouvé que le plus beau mot de la langue française était le mot « résilience ».

Un jour la guerre est entrée dans mon salon. La paix qui régnait depuis plus de cinquante ans en France, a volé en éclats. J’ignore encore à quoi ressemble une vie en guerre. Cependant, je suis persuadée que rien n’arrête l’élan de vie. Je sais qu’à Bagdad, malgré les balles et les bombes, il y a des cafés, il y a des jeunes de 20 ans, qui aiment rire et qui aiment le foot. Il y en a même qui écoutent du Metallica en secret…

devise paris

 

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